MJ05:
Cherbourg – Guernesey – Saint-Malo
13/09/2005
Enfin
de la voile… après une halte technique de 3 jours, j’ai enfin quitté
Cherbourg à 16h pour mettre cap sur Guernesey.
Via
le Raz-Blanchard, puis le passage du Grand Russel entre les Iles Guernesey et
Sark, dans un brouillard tellement chargé de flotte que j’avais
l’impression de me trouver sous la douche… mais tellement spéciale et agréable
que le plaisir devient mystérieux…
Sur
les 9h de navigation seulement 3h a voile+moteur.
A
Cherbourg les Français m’avaient prévenu du danger des courants, de ne pas
faire la route avec un courant contraire, attendre la renverse comme ils disent,
etc.… mais moi, têtu comme une mule, une fois MJ prêt je n’ai pas hésité
une seconde pour quitter Cherbourg et entamer ma route.
Et
malgré le courant contraire etc.… j’ai
fait le voyage en 9h.
Entre-temps
j’ai encore réussit à casser mon grand winch bâbord.
Un
grand crac et… il ne bloque plus… shit…
A
1h de St-Peter Port j’informe la Capitainerie de mon arrivé et demande si la
route est libre, car visibilité plus que zéro, je ne voyais même plus
l’ancre à l’avant de MJ.
Ils
m’informent que un Seacat (Catamaran ultra-rapide qui fait la navette entre
les îles, et relie par exemple Guernesey avec St-Malo en 2h… moi j’ai
besoin de 14h…) devrait passer juste avant moi. Comme je n’y vois que dalle
je préfère m’écarter de sa route, quitte à perdre une demi-heure sur mon
ETA. (Estimated
Time of Arrival)
Tout
à coup je vois des milliers d’étoiles.
Non,
je n’ai pas reçu la bôme sur ma tête, mais le brouillard a disparu en
quelques secondes. Et loin devant moi je vois des lumières, c’est
Guernesey… youppie…
Une
voix dans la VHF informe Miss July qu’un Sea-Cat arrive du Sud-Est, soit derrière
moi, je devrais l’apercevoir…
Et
au loin je vois effectivement une petite lumière. A peine confirmée à la VHF
et re-vérifié ma route, je me retourne et vois comme un monstre sortir du
brouillard. Cet engin avec l’avant formé comme un tri-dent (3 flotteurs
pointus dont les deux extérieurs dans l’eau) fonce vraiment a toute allure
dans ce brouillard épais…
Etonnant
et impressionnant à la fois…
Vite,
changeons de cap à nouveau, le temps de laisser passer ce monstre furieux… Et
je rentre trancilos dans le port…
Sympa
et très British…
On
passe la journée à flâner dans le port, et j’avais prévu de quitter fin de
journée direction St-Malo. Ben voyons, arrivé au ponton je constate que Miss
July dépasse du ponton plus haut que d’habitude.
MJ
était échoué. Je n’avais que 1m50 d’eau… mon tirant d’eau étant
1m80… Impossible de quitter le port.
Et
ainsi la nature avait choisi de retarder mon départ… pas plus mal
d’ailleurs. J’ai vite remplacé les clavettes -bloquer des winch etc.…
Le
lendemain matin 10H j’ai quitté Guernesey direction St-Malo.
Le
vent et le courant en plein dans le pif…
Vla
que je voyage à nouveau dans un bateau à moteur…
Et
mon estomac qui commence à réclamer…
Il
n’aime pas le brouumbrouum et l’odeur d’échappement diesel…
Mais
après quelques heures le vent tourne et je déroule mon génois.
Haaaa…
sa va mieux… beaucoup mieux… et sa fonce… mon GPS indique 7,5 nœuds, avec
un courant contraire de 3 nœuds…
Après
1h je dois même prendre un ri, mais je garde mes 7,5 nœuds…
Je
passe à côté d’un Bavaria 37 comme une mobylette passe à côté d’un vélo…
Frans Maas serai satisfait… (créateur de Standfast à Breskens et très bon régatier)
Et
me voilà le soir à St-Malo, après 9h de voyage + 1h pour passer l’écluse.
Tout semble magique. Entouré de vieux gréements.
Les
vieux murs et Intra-Muros de St-Malo sont éclairées, vu du bateau c’est
vraiment très beau.
Le
lendemain matin une petite ballade dans la vieille ville, à la recherche de
croissants et ficelle… Puis petit déjeuner sur MJ, sous un soleil radieux.
Patrick
est venu nous rejoindre, et nous larguons les amarres pour remonter la Rance
jusqu’à Dinan. (non, pas près de Namur !!!)
D’abord
le passage de l’écluse du port de St-Malo, puis 30min au moteur et le passage
de l’écluse de la Rance.
On
remonte la Rance avec le bonheur de paysages superbes…
Le
seul problème est que la Rance n’est praticable que par marrée haute !! Et
j’ai un tirant d’eau de 1m80… Pas de temps à perdre…
Arrivé
à Le Lyvet nous devons passer une petite écluse.
Après
l’écluse plus aucun problème de tirant d’eau.
Mais
c’est la fête de la route du cidre, et des dizaines de petits bateaux et
vieux gréements attendaient de passer l’écluse pour remonter la Rance et
aller faire la fête à Dinan…
Mon
grand problème était que entre la mer et l’écluse la Rance n’est
praticable que par marrée haute.
Et
inutile de demander aux Français dont la majorité était déjà noyée dans le
cidre de montrer un raisonnement logique et/ou le respect du code suivant lequel
les grands bateaux ainsi que les bateaux avec un handicap sont prioritaires pour
le passage de l’écluse…
La
renverse avait déjà commencé, et la Rance descendait à vue d’ouille… (Je
venais déjà d’échouer juste avant l’écluse.)
Mon
sondeur indique 1m95…
Si
je rate l’entrée de la prochaine écluse je ne bougerais plus jusqu’à la
prochaine marée haute et MJ passerait la nuit couchée sur son flanc dans la
gadoue… non merci…
Alors
mon instinct de survie vient pointer son nez…
Et
dés que les portes de l’écluse s’ouvraient j’ai tout largué et foncé
dans le tas pour rentrer le premier dans l’écluse…
Grand
chahut et sifflements ont suivi…
Mais
MJ était rassurée, elle passerait la nuit dans la marina de Le Lyvet, la
quille dans l’eau et le mat pointé ver les étoiles…
Dimanche
on redescend direction St-Malo.
Et
avec un bon petit vent, on a navigué comme des vrais régatiers, en mettant la
caisse a des Dufours, Feeling et autres Bavaria…Etonnant mon petit MJ, chargée
comme un mulet…Ce jour la aucun concurrent pouvait suivre…
Et
j’ai même fait du trapèze, pendu à ma drisse de spi, mes pieds sur le
ventre de MJ… Super !!!
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