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octobre 2008

 

 

 

 

Email du 7 novembre 2007 à 12h51m35s UT (GMT) (13h51m35s en Belgique)

 Ca y est les gars, ce coup-ci on est bon pour la pirouette, la tête en bas. Tenez-vous, c’est parti… 5, 4, 3, 2, GO.

Mais non, nous ne sommes pas en train de chavirer, nous passons la ligne, le GPS vient de nous donner une latitude de 0° 0’ 000, tiens N ou S l’équateur ? Mais le temps de se poser la question et déjà nous sommes dans l’hémisphère sud. A peu près le milieu de notre descente atlantique puisque nous sommes partis de 51°N avec une destination de 55°S.

 Que retenir de cette première moitié de voyage ?

 La Bretagne, tout d’abord. Quel bijou. J’y ai pas mal navigué il y a quelque 20 ans, puis mes destinations ont pris d’autres directions parce qu’en Bretagne il y avait trop de monde. Mais là, en octobre, dans le chenal du Four, devant le Vieux-Moine ou au large du cap des Espagnols, j’ai retrouvé la magie du pays celte et de ses côtes océanes.

 Nous avons fait une rapide escale à Camaret-sur-Mer et le 10 octobre nous mettions en route. Une fenêtre météo était là, avec du Nord-Est 4 à 5 pour plusieurs jours. Aubaine pour une traversée du redoutable Gascogne qui déjà en octobre à l’habitude de cracher ses coups de vent de Sud-Ouest. Par chance, une promenade au vent arrière.

 Deux jours et demi plus tard, nous virons le Cap Finistère et première grande manœuvre à bord, nous changeons le cap de 40°, plein sud, nous découvrons le grand largue avec Euronav Belgica. Parce que si le vent au large du Portugal est normalement du Nord, pour le moment il reste au Nord-Est. Nous n’allons pas nous plaindre, au grand largue le voilier a sorti ses chevaux. A plus de 7 nœuds par 5 Beaufort nous fonçons vers Madère.

 Ce qui m’étonne le plus dans cette partie de l’Atlantique, c’est l’absence presque complète de vie visible. Pas d’oiseaux de mer, excessivement peu de cétacés – nous avons vu trois fois des dauphins – le désert.

Il est vrai toutefois qu’une des visites fut mémorable. Nous étions encalminés quand ils sont venus. Alors c’est simple, nous sommes allés nager avec eux. C’est magique.

 Madère à tribord, les Salvages, les Canaries et le Cap Vert à bâbord, la vie s’écoule non pas monotone, loin de là, le bonheur d’être en mer est bien là, mais sans histoire. Nous en sommes à ce moment à trois semaines de Nord-Est, pas de manœuvre, pas de changement de voiles ou si peu, de temps en temps un ris ou bien on passe du génois au foc de route. C’est tout.

A partir des tropiques mon intérêt pour la vie marine s’est réveillé. Poissons volants, chassés par des pétrels et des puffins, poissons multicolores qui suivent ou précèdent le bateau, poissons argentés qui se prennent pour des dauphins et sautent hors de l’eau. Me revoilà plongé dans les livres pour identifier les oiseaux.  

 Ainsi, respectant la loi de conservation des degrés, à chaque degré de latitude perdu, nous en gagnons 1 en température. L’eau de mer augmentera jusqu’à 30°, l’intérieur et l’extérieur du bateau dépasseront parfois largement les 30°. La seule solution de survie est le seau de mer sur la tête tous les quarts d’heure. L’eau de mer à 30° à l’air fraîche, mais en trois minutes nous sommes secs. Ou alors, le grand cadeau du ciel, une bonne pluie. A ces moments-là, la joie éclate littéralement à bord, le meilleur étant les grains à 30 nœuds quand l’eau tombe en hallebardes et nous fouette. En plus de nous désaler, cela nous permet de refaire de l’eau. L’après pluie est bien aussi, encore sous le nuage, protégé du soleil, l’humidité s’élève du bateau qui refroidit ses métaux, nous séchons lentement. Quand le nuage s’en va, si c’est la nuit, elle sera fraîche, sinon, la chaleur revient en force.

Puis il y eut les doldrums, le pot-au-noir. Une ceinture au nord de l’équateur entre les alizés du nord-est et du sud-est. Une zone de 4 à 5° de latitude, pour nous entre 9 et 4°N. Brises évanescentes, orages, grains de pluie à 30 ou 40 nœuds, bons vents pour une demi-heure, l’enfer. Plus de vie, seuls les nuages sont magnifiques, se développant rapidement, de toutes sortes, mouvant.

Nous ne pouvons, vu notre timing pour l’expédition (www.inthewakeofthebelgica.com) , perdre ici trop de jours, alors nous démarrons le moteur pour trois jours et mettons cette zone météo derrière la poupe.

Et quelques jours plus tard, voilà la fameuse ligne équatoriale, derrière laquelle tout tourne dans l’autre sens, les dépressions, les anticyclones, l’eau dans les éviers. . .

A bientôt avec des nouvelles sud-atlantiques.

 Michel, o/b Euronav Belgica

 

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